GALTIER F., CIRAD, UMR MOISA, Montpellier, France et DIAZ PEDREGAL V., CIRAD, UMR MOISA, Hanoi, Vietnam
Résumé
Au-delà de leurs différences, toutes les approches du commerce équitable (CE) partent du postulat que ce dernier doit reposer sur la participation volontaire des acteurs. L’idée que des règles éthiques pourraient s’imposer à tous – et pas seulement à ceux qui ont librement consenti à les suivre – constitue le point aveugle du débat sur le CE. Ceci est révélateur de l’orientation implicitement libérale du CE.
À travers la notion de « technologies de gouvernement » (TG) développée par Michel Foucault et l’éclairage des quatre principales théories de la justice (libertarisme, utilitarisme, marxisme, libéralisme-égalitarisme), nous proposons dans cette communication d’analyser l’évolution en longue période du secteur café. Il s’agit de questionner l’existence d’une corrélation entre le degré de libéralisme des différentes technologies qui se sont succédé depuis le XVIIIe siècle pour gouverner la production de café et le degré de justice qui peut leur être associé.
La méthodologie retenue comprend trois étapes. La première consiste à délimiter plusieurs périodes historiques, depuis les débuts de la production du café au XVIIIe siècle jusqu’à la période actuelle, en fonction des principales technologies utilisées pour gouverner la production de café vert. La deuxième étape vise à évaluer, à partir des différentes théories de la justice, le degré de justice associé à ces périodes historiques. La dernière étape, sous forme de conclusion, discute de l’existence d’une corrélation entre le degré de libéralisme des TG et le niveau d’équité, ce qui conduit à questionner les présupposés libéraux du CE.
Il résulte de l’analyse que l’évolution des technologies de gouvernement vers plus de libéralisme ne garantit pas automatiquement un accroissement de la justice selon les théories de la justice examinées. Il convient donc d’inscrire la question du volontariat des normes éthiques dans l’agenda du débat des acteurs du commerce équitable sur l’équité de leur pratique.
Abstract
In spite of their differences, all visions of Fair Trade share the idea that it has to be based on the voluntary participation of producers, traders, and consumers. The idea that ethical rules may apply to everyone – in spite of applying only to those who accept to comply with them- is the blind spot of the debate on Fair Trade. This reveals the implicit liberal orientation of Fair Trade.
Through the notion of « technologies of government » (TG) developed by Michel Foucault and through the light of the four main theories of justice (Libertarianism, Utilitarianism, Marxism, and Liberalism-egalitarianism), we propose in this communication to give an historical analysis of the coffee sector. The aim is to test the existence of a correlation between the degree of liberalism of the different technologies that followed each other until the 18th century to govern the coffee production, and their level of justice.
We adopt a 3-steps methodology. In the first step, we identify several historical periods until the beginning of the coffee production in the 18th century, depending of the main technologies used to govern green coffee production. In the second step, we assess, in the light of different theories of justice, the degree of justice associated to those historical periods. In the last step, we conclude about the existence of a correlation between the degree of liberalism of technologies of government and the level of equity. This will lead us to question the liberal implicit postulate of Fair Trade.
The main result of the analysis is that more liberal technologies of government do not lead automatically to more justice, according to the considered theories of justice. As a consequence, it is necessary to put the optional status of ethical norms in the agenda of the practitioners’ debate on the fairness of Fair Trade.
© FTIS - 2008 - Derechos reservados. : 16/07/2008