DIAZ PEDREGAL V., CIRAD, UMR MOISA, Hanoi, Vietnam
Résumé
Nous cherchons à comprendre, dans cette communication, dans quelle mesure le commerce équitable est un commerce moral, qui impose une certaine autorité sur les consciences individuelles. En faisant appel aux travaux d’Émile Durkheim sur la sociologie de la religion et de Max Weber sur l’éthique protestante, trois thèses sont tour à tour soutenues. La première consiste à dire que le commerce équitable puise ses racines dans le sacré, sans pour autant constituer une religion en soi. La seconde est que le commerce équitable revêt un caractère moralement obligatoire car il bénéficie d’une autorité morale qui l’apparente progressivement à une norme sociale. La troisième affirme que le commerce équitable se trouve « tout contre » le capitalisme, à la fois proche et loin de lui.
Il résulte de l’analyse que l’histoire du commerce équitable ne peut être pensée sans faire appel à la dimension religieuse, voire sacrée, des représentations et pratiques des acteurs. C’est par le biais du religieux que le commerce équitable bénéficie d’une autorité morale, accordée par l’opinion publique. Cette autorité lui offre un pouvoir de contrainte sur les acteurs. Le commerce équitable se transforme d’ailleurs en norme sociale dans les économies occidentales. La morale qu’il défend s’oppose et, en même temps, renforce le capitalisme moderne. Cette dimension morale exclut définitivement le commerce équitable de la sphère politique. Autrement dit, le commerce équitable ne marque pas la résurgence du politique, mais symbolise le retour de la morale dans la consommation.
Abstract
The purpose of this paper is to try to understand to what extent fair trade is a moral trade, one that imposes a measure of authority on individual consciences. By referring to Émile Durkheim’s work on the sociology of religion and Max Weber’s research on Protestant ethics, three arguments are supported. According to the first one, fair trade is rooted in the sacred, without being a religion per se. The second claims that fair trade has a morally compulsory feature because it benefits from a moral authority which gradually makes it resemble a social standard. The third asserts that fair trade is in reality “very close” to capitalism.
It results from the analysis that the history of fair trade cannot be thought out without referring to the religious, even sacred, dimension of the stakeholders’ representations and practices. It is by means of the religious dimension that fair trade benefits from a moral authority, granted by public opinion. This authority gives it a power of constraint over the stakeholders. Fair trade has become a social standard in Western countries. The morality that it advocates opposes and, at the same time, strengthens modern capitalism. This moral dimension totally excludes fair trade from the political sphere. In other words, fair trade does not mark the resurgence of politics, but symbolises the return of morality in consumption.
© FTIS - 2008 - All rights reserved. - : 16/07/2008